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Dive Serge Dive,
fondateur de lInternational Luxury Travel Market

Interview ralis le 6 dcembre par Sonia Taourghi

Fondateur de lInternational Luxury Travel Market (ILTM), Serge Dive, 37ans, est fier, et il a de quoi. Surdou du tourisme, il a lanc nombre de salons pour Reed Travel Exhibitions (qui lui a dailleurs rachet le salon ILTM), a t directeur adjoint du Bureau du Tourisme de Duba Paris de 1992 1996, et a gr des vnements de promotion pour le gouvernement franais. Depuis 2002, il invite les acteurs du tourisme de luxe participer lILTM dont il vante lorganisation humaine et le sens de la responsabilit. Pour la quatrime anne, ces acteurs ont rpondu prsents et le Journal des Palaces aussi. Dtendu et avenant, il rpond nos questions.
On parle beaucoup de lmergence de la classe moyenne sur le march du luxe. Comment, selon vous, les htels devraient sadapter ce phnomne pour garder une image de prestige et dexclusivit ?
Serge Dive : Je pense quil doit forcment y avoir dune part une politique de prix. Le prix de lexclusivit. Par ailleurs, cest trs important dans le luxe de prserver ses rseaux de distribution. Cest le mme principe que pour le lancement dune marque de luxe. On essaye de canaliser son rseau pour tre dans les meilleurs points de vente. Comme le fait Gucci notamment avec ses deux magasins de Oldbond Street et de Sloane Street Londres. Pour les htels cest la mme chose. Car lerreur est souvent de mettre la publicit partout, en parler tout le monde et de devenir un produit que toute la communaut dsire, et qui nest plus spcial. Aujourdhui les gens aiss veulent trouver lhtel que les autres ne connaissent pas, comme ils trouveraient le petit restaurant trs sympa, et o ils auront une exprience personnelle avec les personnes qui grent lhtel.

Concernant la France plus particulirement, pensez-vous que cette accessibilit concide avec une envie de briser les clivages, en montrant que la qualit vaut pour tous et que personne nest vritablement plus ais ?
S. D. : Je pense que largent est srement tabou en France. Mais il y a des gens qui sont plus fortuns que dautres, et on a le mme phnomne partout, de gens qui peuvent se payer un voyage un prix bien plus important que les classes moyennes. Je dirais mme quil y a une grande diffrenciation. Dailleurs en France le march est assez intressant, parce que le march mme du luxe nest pas vraiment reprsent. Il y a des agences comme Nosylis, mais ce nest pas encore organis comme aux EtatsUnis o il y a environ 500 agences de voyage spcialises, ou en Royaume-Uni o on trouve environ 50 tour-oprateurs de luxe. En France, on a encore justement cette capacit dvasion parce que les produits de luxe ne sont pas mentionns en permanence par diverses sources de distribution. Le march est quelque peu paradoxal car cest en France quil a le plus de voyageurs ayant vritablement fait leur recherche.

Selon vous quels sont les lments caractristiques dun voyage de luxe ?
S. D. : Un voyage de luxe, cest un voyage o il y a une exprience particulire dont on se souvient. Ce nest plus une question de robinets dors. On pense plutt la recherche de soi-mme et quelque part on trouve une connexion avec soi-mme un certain prix.

Par rapport cela justement, que pensez-vous dun tablissement comme le Burj El Arab, connu pour tre le plus luxueux tablissement du monde, alors mme que les codes du luxe sont en pleine volution ?
S. D. : Je pense que cet tablissement reprsente le luxe absolu pour un certain type de clientle. Car cest ostensible, cela renvoie ltymologie mme du mot luxe, de luxus qui veut dire excs. Et dans ce sens l le Burj El Arab correspond parfaitement lide du luxe que lon peut se faire en gnral. Et donc il correspond une clientle moyen-orientale, asiatique ou russe, mais une clientle europenne ou amricaine, tablie depuis plus longtemps, recherche des choses diffrentes. Le fait est aujourdhui que le Burj El Arab na rien voir avec un Aman Resort ou un tablissements Six Senses.

Pour finir, quels conseils donneriez vous aux htels de luxe, par rapports aux diffrents clairages apports ?
S. D. : Je pense que les htels doivent faire attention de ne pas se reposer sur leurs lauriers. Car on ne peut plus dire que parce quon est luxe depuis longtemps, on est encore luxe aujourdhui. Pour faire partie du luxe dsormais, il y a un nouveau niveau dentre. Si on na pas de spa, de salle de sport, de piscine, de concierge de qualit, et une cuisine fantastique, on ne peut pas dire quon est dans le luxe. Aujourdhui, on est arriv parler dber-luxe, de strato-luxe, parce que les gens qui taient luxe il y a 20 ans veulent toujours tre dans le luxe, sauf quil faut sadapter de nouveaux critres. Il y a en France notamment des tablissements qui se veulent luxe, mais qui ne le plus sont plus rellement. De la mme faon quavoir une voiture aux Etats-Unis au dbut du sicle tait le comble du luxe, alors quen avoir trois aujourdhui, cest tre dans la normalit. Ainsi certains tablissements doivent admettre que certains de leurs produits ne sont dornavant plus luxe.

En fait vous leur reprochez un certain immobilisme
S. D. : Exactement. Et cest pour cela que je tire mon chapeau un groupe comme Four Seasons, ou quelquun comme le Prince El Walid, qui a dpens 180 millions deuros, je crois, pour acheter le George V, et 120 millions pour le rnover. Il sinvestit totalement et je crois que cela valait vraiment la peine de montrer que ltablissement est un htel de luxe de splendeur. Et cest vrai que dautres htels ne pourraient pas bnficier du mme verdict de la part des consommateurs ou des journalistes.

Les chiffres de l'ILTM 2005 :
800 exposants venus de 52 pays
1.500 acheteurs
1.000 visiteurs
40.000 rendez-vous organiss
250 journalistes.

Interview ralis le 6 dcembre par Sonia Taourghi


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