Le Journal des Palaces
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RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE RÉALISÉE EN MAI 2021 PAR LE JOURNAL DES PALACES AUPRÈS DES SALARIÉS ET CANDIDATS (France)

Si la passion du métier et du secteur est toujours bien là, la discorde entre salariés et entreprises, déjà grande avant mars 2020, est devenue critique avec un changement notable des attentes du côté des salariés.

RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE RÉALISÉE EN MAI 2021 PAR LE JOURNAL DES PALACES AUPRÈS DES SALARIÉS ET CANDIDATS (France)

Si la passion du métier et du secteur est toujours bien là, la discorde entre salariés et entreprises, déjà grande avant mars 2020, est devenue critique avec un changement notable des attentes du côté des salariés.

Catégorie : Europe - France - Carrières - Recrutement, emploi, formation
Article rédigé par Sylvie Leroy le 08-08-2021


En mai 2021, le Journal des Palaces a mis en ligne un questionnaire destiné aux candidats et aux recruteurs pour recueillir le sentiment de chacun sur la situation de l’emploi dans le secteur de l’hôtellerie restauration.

Introduction à l’enquête

En mai dernier, les 100.000 postes à pourvoir dans l’hôtellerie et la restauration pour la saison d’été faisaient la Une des journaux. Sébastien Bazin sur BFM Business estimait également que 25% des salariés du secteur s’étaient tournés vers une autre carrière et ne reviendraient pas en poste.

Dans les conversations sur LinkedIn, un appel se faisait alors pour une vision nouvelle du secteur, pour parler
- salaires
- attractivité du secteur
- valorisation des métiers
- reconnaissance professionnelle
- bien-être au travail…
- esprit d’initiative
- formations
- mobilité interne (y compris vers un nouveau métier)

Avec ces échanges sur LinkedIn, il ressortait avant tout l’importance de garder dans le secteur les talents aguerris et de donner envie aux nouvelles générations de les rejoindre alors que nous constations un départ vers d’autres secteurs, comme les boutiques de luxe.

Le risque de perdre à la fois les jeunes génération et l’expertise précieuse des salariés semblait bien là. Mais qu’en était-il réellement ?

Le Journal des Palaces a souhaité écouter et donner la parole à ceux qui sont au cœur du sujet : les recruteurs, les candidats et les salariés.
Écouter d’abord, pour pouvoir comprendre, analyser et participer à cette réflexion.
Donner la parole, ensuite, pour partager les idées, donner matière à réflexion et également améliorer encore nos outils et services.

Nous avions préparé une série de questions sur cette thématique de l’emploi en hôtellerie restauration.
Voici aujourd’hui le résultat de cette enquête.

Plus de 200 participants

Concernant les recruteurs, nous avons eu trop peu de réponses pour qu’une analyse puisse se faire. Principalement parce qu’un trop grand nombre d’entre eux était au chômage partiel et n’ont donc pas pu recevoir notre courriel.

Nous remercions les candidats et salariés qui ont répondu très nombreux à l’enquête. Vous avez été plus de 200. Merci pour votre sincérité, vos idées, et votre passion pour le secteur.

Autant de participants, cela fait plus de 2.000 réponses à nos questions ouvertes et des heures de lecture de notre côté pour pouvoir retranscrire messages, attentes, lassitude parfois aussi et surtout l’amour de votre métier et des métiers du service en général.

Un secteur en manque d’attractivité depuis longtemps

Depuis de nombreuses années, les demandes des salariés et candidats reposent sur les points listés plus haut : salaires, horaires, reconnaissance, bien-être, attractivité du secteur et valorisation des métiers.

Les articles sur le sujet ont été fréquents dans la presse professionnelle.

Ces sujets suscitaient déjà l’insatisfaction, l’amertume et parfois la colère chez les salariés et candidats. C’était déjà quelque chose de très palpable pour nous qui, en tant que journal, avons aussi pour mission de mettre en relation candidats et recruteurs avec nos pages Carrière.

Des entreprises, hôtels indépendants ou groupes, ont d’ores et déjà mis en place des aménagements qui répondent à la demande : des horaires sans coupure, des jours de repos consécutifs, une politique salariale plus motivante, un accompagnement à l’évolution de carrière, du mentoring…

Elles ont aussi parfois mis plus en avant leurs valeurs, leur attachement au bien-être et à l’esprit d’équipe ou encore investi dans l’achat de matériel ou de formation pour réduire la pénibilité.

De belles initiatives existent comme l’association Ô Service sous la houlette de Denis Courtiade, association qui intervient notamment dans les lycées généralistes, comme le font également d’autres professionnels dans les écoles hôtelières. Le partage et la transmission sont essentiels et font naître les vocations.

Le gouvernement s’était aussi penché sur la question notamment avec la mise en place de diverses missions sur le sujet en 2019 avec des personnalités du secteur comme Régis Marcon, Stéphanie Le Quellec ou Thierry Marx.

Un secteur qui, pourtant, offre aussi des avantages

L’hôtellerie de luxe est aussi un secteur qui permet, pour celui qui le souhaite et s’en donne la peine, une belle évolution de carrière, même sans diplôme, un secteur qui donne aussi la possibilité de changer complètement de métier au cours de sa vie tout en restant dans l’hôtellerie.

Les exemples ne manquent pas pour confirmer que ce secteur permet de belles réussites professionnelles. De nombreux GM d’hôtels de luxe sont là pour en témoigner.

Outre le fait de travailler dans un environnement privilégié, de pouvoir aussi exercer son métier partout dans le monde, ou de faire des rencontres enrichissantes, l’hôtellerie de luxe et la gastronomie permettent de connaître la joie de donner du bonheur aux clients, les métiers de service peuvent être gratifiants, le personnel d’un hôtel peut faire une différence dans la vie des gens et leur faire vivre une émotion unique, tout en exerçant sa passion.

Des métiers de passion

Le secteur est composé de métiers de passion, des dizaines de métiers très différents qui demandent des compétences et attitudes qui ne sont pas si simples qu’il n’y parait au premier abord. Ils demandent un savoir-faire de haut niveau et savoir-être remarquable.

Les métiers au contact du client en hôtellerie de luxe demandent de très nombreuses compétences : en langues, en psychologie du client, de l’empathie, de savoir créer des souvenirs mémorables, être aussi commercial, anticiper, avoir bien sûr du savoir être, de la discrétion, une aisance verbale, aimer le travail en équipe, être naturel, motivé, curieux, passionné, aimer faire plaisir, être généreux, avoir de l’humilité, du respect, avoir de l’attention pour le détail, de la rigueur, aimer partager, être persévérant, rester simple, savoir échanger avec la clientèle, avoir le sens de l’anticipation, sourire…

Pour résumer, il ne faut pas voir que le haut de l’iceberg. Un serveur fait bien plus qu’apporter une assiette et une femme de chambre n’est pas là uniquement pour juste nettoyer, elle sera garante du bien-être du client dès son entrée en chambre et ira jusqu’à ajouter la touche personnalisée en étant observatrice.

La secousse de la crise sanitaire

Depuis mars 2020, les salariés ont vécu de longs mois éloignés de leur entreprise, parfois sans nouvelles de leur employeur (l’inverse est vrai, les entreprises sans nouvelles de leurs salariés), parfois au contraire, ils ont bénéficié d’attentions, de rencontres à distance pour garder les liens.

En tous les cas, ils ont vécu une période différente du rythme de vie habituel : en famille pour certains ou avec plus de disponibilité pour reprendre contact avec les amis, avec du temps pour prendre du recul sur leur situation professionnelle et pourquoi pas repenser leur objectif de vie...

Certains salariés ont préféré quitter le secteur, séduits par des conditions de travail plus adaptées à une vie sociale ou familiale.

1ère partie de l’enquête : Comment s’est passée l’année ? Que ressentent salariés et candidats ?

Quelle était votre situation professionnelle en février 2020 :

  • Actif 44,4%
  • Étudiant / En formation 23,3%
  • Sans emploi 19,7%
  • Chômage partiel 9,9%
  • Autres 2,7% (À l’étranger, Extra, Étudiant et actif)

Quelle est votre situation professionnelle aujourd’hui (mai 2021) :

  • Actif 31,7% -12,7%
  • Étudiant / En formation 14,3% -9%
  • Sans emploi 36,2% +16,5% (notamment actifs licenciés et jeunes diplômés)
  • Chômage partiel 13,4% +3,5%
  • Autres 4,4%
(Apprentie en chômage partiel, Reconversion professionnelle, préavis licenciement économique)

Aujourd’hui, vous êtes à la recherche de... (mai 2021)

  • Un poste dans le secteur 42,9%
  • Un poste dans ce secteur mais d’autres aussi 36,7%
  • Un poste dans d’autres secteurs 2,7%
  • Pas de recherche active en ce moment 17,7%

Si beaucoup (36,7%) cherchent dans d’autres secteurs, très peu (2,7%) disent ne chercher qu’en dehors du secteur de l’hôtellerie restauration, ce qui est une très bonne nouvelle.

Concernant les étudiants, que nous pouvions aussi craindre de voir partir vers un autre secteur : la grande majorité confirme qu’ils souhaitent malgré tout rester alors qu’ils viennent de finir leur formation.

La raison de cette fidélité : la passion du métier et du secteur comme le confirme de très nombreux témoignages.
« Le secteur d’activité d'hôtellerie est un secteur qui me passionne énormément. Même si je trouve un travail dans un autre secteur d’activité je reviens toujours à ma passion »
« Je suis toujours à la recherche dans le milieu hôtelier. Un métier passionnant même si les contraintes sont présentes. »
« Je suis passionnée par l'hôtellerie et souhaite sincèrement y rester ! »

Toutefois, il est à noter que les conditions de travail et le salaire sont les raisons principales pour partir sur d’autres secteurs et expliquent les 36,7% qui regardent aussi les offres en dehors du secteur : « Je continue de chercher activement en espérant pouvoir trouver mieux financièrement parlant. Gagner à peine plus du smic en étant chef de réception avec des diplômes et des années d’expérience est assez difficile à encaisser moralement »

Les griefs d’avant sont toujours présents. La tension est palpable :

Les salaires
  • « Le ratio salaire temps de travail n’est vraiment pas à la hauteur de mes attentes. »
  • « J'ai gravi les échelons de salarié, à Agent de Maîtrise, puis Cadre en dix ans mais mon salaire n'a pas progressé. »
La reconnaissance
  • « Motivé mais en attente de reconnaissance du secteur »
  • « La reconnaissance faite aux employés dévouée est très faible »
  • « Les responsabilités sont de plus en plus grande, pour une reconnaissance de plus en plus faible »

Première analyse : une amplification forte de l’appel à de vrais changements

A la lecture de toutes les réponses, une évidence : la discorde entre salariés et entreprises a augmenté. Ce qui avant était plus ou moins accepté par les salariés, parce qu’ils étaient pris dans le flux de leur vie quotidienne, est devenu le sujet central alors qu’ils doivent reprendre leurs horaires, leurs tenues et retrouver leurs rôles dans l’hôtel.

Les salariés martèlent encore et encore leurs demandes : salaires, reconnaissance, bien-être… La passion que les salariés ont pour leur métier et pour l’hôtellerie restauration est ce qui les retient encore. Mais pour combien de temps ?

Deuxième partie de notre enquête : les attentes fortes des salariés et candidats

Est-ce que cette crise a changé vos souhaits pour votre emploi ?

63% Oui
38% Non

Oui, dans mes attentes et mes envies, y compris en quittant le secteur

  • « Je ne cherche plus uniquement dans l’hôtellerie, je regarde ce qui peut s’en rapprocher pour que j’utilise mes compétences acquises »
  • « Tout à fait, je suis à la recherche d'emploi dans d'autres secteurs, lesquels je n'avais jamais envisagé avant la crise du covid »
  • « J’ai remis en question mes choix de carrière et j’ai décidé de me tourner vers d’autres secteurs, si jamais je ne suis pas en mesure de trouver quelque chose dans le secteur hôtelier. »
  • « Je souhaite me diriger vers un poste plus général qui me permet de travailler en hôtellerie ou ailleurs... »
  • « J'ai eu le temps de réfléchir sur ce que m'apportait mon job, ce que m'apportait l'entreprise dans laquelle je travaille... »
  • « Je souhaite avoir un équilibre entre ma vie privée et ma vie professionnelle. Travailler en coupure et faire 50 heures par semaine est hors de question pour moi cet été. Pourtant, c'est ce dont j'avais l'habitude jusque-là. »

Oui, pour se former ou réaliser ses projets

  • « Oui, je souhaite préparer un diplôme Bac +2 pour faire évoluer le salaire »
  • « Après avoir été licencié économique cause covid, j'ai pu faire une formation diplôme obtenue »
  • « Mes nouveaux projets datent d'avant la crise, cependant elle m'a conforté dans le fait de les réaliser. »

Je recherche une vision différente de mon métier, du poste, de l’employeur, de la société

  • « Je suis plus exigeant sur le point de vue de l'entreprise et du poste »
  • « J'aimerais avoir plus d'équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle. »
  • « Je me rends compte que mes 13/14 heures hors de la maison sont peu chers payées pour mon sacrifice à mon travail, celui de ma famille et celui de mon temps libre »
  • « Aujourd’hui mes ambitions d’en carrière ne prennent pas uniquement en compte le côté professionnel, mais également le côté vie privé et épanouissement personnel »
  • « Me tourner vers un établissement ayant une conscience écologique »
  • « Moins de stress, plus d’équilibre, meilleure relation avec mon management »
  • « Je souhaiterais d'avantage de prise en compte de la dureté du métier de cuisinier, par rapport à la rémunération et le rythme de travail notamment »

Si vous envisagez de quitter le secteur de l’hôtellerie restauration, quelles sont les raisons principales ?

C’est la question qui, évidemment, pointe du doigt ce qui, déjà avant la crise, était sujet de discorde entre employeurs et employés.

Les réponses étant anonymes, nous avons reçu des messages parfois très durs ou des insultes… Preuve de la tension et incompréhension qui peuvent régner.

Sur les sujets de fond pour lesquels la crise sanitaire pourrait jouer le rôle d’étincelle pour faire évoluer les choses :

  • Horaires (décalés, week-end, jours fériés…)
  • Équilibre vie privée vie pro, Manque de vie sociale
  • Coupure
  • Salaire bas, pas en adéquation avec ce qui est demandé comme les compétences, l’expertise, les conditions de travail…)
  • Manque de reconnaissance
  • QVT :
    • « La qualité de vie au travail souvent mal gérée »
    • Le manque de respect, le manque de bienveillance, le manque de considération, le manque de valeur humaine : « on a beau tout faire, ce n’est jamais assez »
  • Pression constante, qui n'est pas nécessaire ou justifiable
  • Non-respect de la convention collective et du droit du travail. Exemple : Heures supplémentaires tous les jours non payées
  • Difficulté d’évolution
  • « Culte du chiffre, du résultat au détriment de l’humain »

Et aussi :

  • Trop de turn-over et de cdd
  • Le manque de logements saisonnier / coût du logement (par exemple sur Paris) avec un salaire bas / peu de postes logés
  • Impolitesse des clients


Quelques témoignages plus complets et intéressants :

« Ce secteur a perdu les valeurs intrinsèques qui lui était propre dû au fait de la standardisation mondiale arbitré par les multinationales du secteur qui font gérer à distance leurs établissements par des têtes pensantes formés à la gestion mais malheureusement ne connaissent pas les rouages élémentaires d’un métier à part entière »

« Beaucoup de raisons : aucune reconnaissance de qui que ce soit, pas d'évolution hors de notre service ou alors c'est difficile, une rémunération catastrophique pour un tas de sacrifices (planning irrégulier, heures supplémentaires, pas de week-ends, travail physique...), la clientèle qui ne nous respecte pas mais c'est "normal" dans un hôtel alors que non l'irrespect et l'incivilité ne sont pas inclus dans le prix des chambres, moralement c'est donc difficile d'être traité de la sorte pour si peu, beaucoup de pression, un manque de valeur humaine dans certains cas... »

Deuxième analyse : Les paroles ne suffisent plus

Avec 63% des personnes qui ont changé leurs souhaits concernant leur emploi, continuer comme si de rien n’était pourrait conduire une entreprise à se tenir à l’écart d’un changement de fond qui va immanquablement arriver.

Afficher un discours ou des valeurs sur une offre d’emploi et ne pas les retrouver lors de l’intégration ne passe plus. C’était déjà un mouvement perceptible avec les jeunes générations mais il touche désormais toutes les tranches d’âge, et c’est là un changement à intégrer à sa réflexion RH.

Troisième partie : Que recherchent désormais les candidats ?

Qu’est ce qui sera le plus important à vos yeux dans la prochaine étape de votre carrière ? Que demandez-vous à la prochaine société pour laquelle vous travaillerez ? (valeurs, structure, management, ambiance, expérience au quotidien, bien-être, conditions de travail, etc.)

Cette question amène notre regard vers les souhaits des salariés, les conditions de travail idéales.

Les réponses dessinent cette attente d’un environnement professionnel équilibré et humain :

  • De meilleures conditions de travail, adaptées aux besoins des salariés
  • La reconnaissance et la valorisation du travail et des métiers, une meilleure considération, du respect, de l’estime
  • De vraies valeurs, une éthique
  • Le bien-être au travail, la santé mentale et physique, moins de stress, l’ambiance, une bonne entente
  • Salaire y compris en avantages et horaires convenables (sans coupure, avec des week-ends et des soirées régulièrement…), en rapport avec les difficultés du métier
  • Un management humain, bienveillant, à l’écoute
  • Perspectives d'évolution interne, formations, visibilité sur sa carrière

Et aussi :

  • Travail d’équipe, esprit d’équipe, cohésion, sentiment d’appartenance, entraide
  • De la flexibilité, de liberté pour apporter des idées
  • Plus de confiance
  • Des managers qui aident en cas de forte activité

Quelques témoignages qui résument bien les difficultés actuelles :

« Une meilleure prise en compte. C'est un travail difficile, la passion nous motive certes. Mais il faut une réelle prise en compte du bien-être des salariés. Le salaire n'est clairement pas adapté à la difficulté du métier (pression, horaires difficiles, épuisement physique, etc.) »

« Honnêteté, respect, écoute, liberté de choix, crédit pour les gens ayant un réel vécu dans ce secteur et sachant se remettre en question tout en s'appuyant sur les bases et les incontournables du métier. »

« Management moins hiérarchique, aménagement des conditions de travail (plannings connus plus tôt, roulement des plannings), meilleure reconnaissance du personnel, valeurs plus orientées vers le personnel (le personnel est la plus-value de nos métiers de service, respect) »

« Les conditions de travail reste bien sûr importantes, mais aussi l'ambiance et le partage, échanger, travail en équipe. Les salaires restent très bas et je suis consciente des difficultés pour les employeurs, mais parfois ils abusent un peu trop des salariés et c'est dommage. »

« Qu’elle amène davantage de cohésion dans les équipes, en étant attentive aux profils et aux besoins de chacun. Qu’elle offre plus d’autonomie dans mon travail notamment quant à la prise de décisions, tout en me laissant entrevoir des perspectives d’évolution futures réelles dans l’entreprise (plus de formations). »

« Je recherche des valeurs, une structure, un management bienveillant, une bonne ambiance, une bien-être, des conditions de travail agréable, un salaire à la hauteur de mes compétences et de mon expérience professionnelle, une reconnaissance professionnelle, possibilité de formation pour évoluer en interne et rester dans l'entreprise »

« Le respect du code du travail (!!). Bien que les règles écrites s'éloignent parfois de la réalité de la vie et de notre secteur, il faut prendre soin les uns des autres. Temps de travail, amplitude horaire, temps de repos, jours de repos, paiement ou récupération des heures supplémentaires... »

« Je pense qu'il faut se recentrer sur l'humain. Que ce soit pour les clients et pour les employés ! »

Et un retour intéressant côté étudiants :

« Je souhaite que les étudiants soient enfin écoutés, aidés, accompagnés dans leurs projets, que les entreprises et le gouvernement nous considère correctement et nous ouvrent les portes de la réussite et du succès professionnel en nous offrant la possibilité d'acquérir de l'expérience et de se construire correctement une carrière professionnelle digne de ce nom. Laissons des chances aux étudiants et aux personnes sans trop de qualifications qui sont motivées à apprendre et à réaliser les objectifs d'une entreprise. Tout s'apprend, et avec de la bonne volonté, un bon accompagnement et de la bienveillance de la part de la hiérarchie, tout le monde peut y arriver. Les recruteurs/entreprises souhaitent des compétences et de l'expérience de la part de leurs futurs employés mais la plupart rejettent les demandes qu'ils leurs sont faites. Comment voulez-vous qu'on ait de l'expérience si personne ne nous donne la chance d'en avoir ? »

Troisième analyse : le bien-être devance maintenant le salaire

Avant la crise sanitaire, le salaire était en première position dans les demandes.

Désormais, arrivent en premier de meilleures conditions de travail : la reconnaissance et la valorisation du travail et des métiers, une meilleure considération, du respect, de l’estime, de vraies valeurs, une éthique, le bien-être au travail, la santé mentale et physique, moins de stress, l’ambiance, une bonne entente, un management humain, bienveillant, à l’écoute.

La bonne nouvelle pour les entreprises est que la qualité de vie au travail est un sujet sur lequel il est possible de mettre en place des solutions, quelle que soit la taille de l’entreprise, par petite touche, service par service, en équipe, en montrant de l’écoute et souvent en changeant des choses sans devoir débloquer un budget trop conséquent.

Toutefois, même si un salarié préférera une entreprise pour ses efforts sur la QVT, il ne faut pas pour autant négliger la partie salaire pour une raison simple : les autres secteurs, comme la banque, le retail, la mode… n’attendent plus que vos salariés quittent le secteur pour les rejoindre, ils sont pro-actifs et n’hésitent pas à leur faire du pied, et ce, dès la sortie de leur école hôtelière.

Il est important que notre secteur ne soit pas le secteur le moins attractif alors que nous avons les atouts pour être un creuset à belles carrières internationales ou à une vie riche de rencontres et de sens.

Quatrième partie : les propositions des salariés

Que pensez-vous de cette situation de pénurie sur certains métiers, pénurie qui existait déjà avant la crise et qui s’est renforcée ? Selon vous, qu’est ce qui pourrait être fait pour valoriser les métiers et rendre le secteur attractif ?

Sur l’attractivité des métiers :

« Cela peut passer par des campagnes auprès des écoles, des publicités touchant le grand public, des témoignages de professionnels passionnés du secteur sur les réseaux sociaux, réseaux professionnels ou établissements scolaires, cela peut aussi passer par une communication via des réseaux ou entreprises partenaires, ou encore la mise en avant des nombreuses possibilités d'évolution dans ce secteur et de diversité dans les établissements que la France possède... »

« Publicités qui montrent l'esprit d'équipe pendant une saison. Cela est très attractif »

« Proposer des forums partout en France et à l'étranger pour rencontrer les professionnels du secteur et créer l'envie de postuler. »

« Pour attirer de nouveaux talents, il faut des avantages concrets, qui existaient il y a quelques années mais ne font plus aujourd'hui partie des habitudes du secteur (avantages en nature comme des gratuités, des invitations, des eductours, des vrais partenariats...) Et également valoriser les compétences nécessaires aux métiers de service, qui sont loin d'être acquises pour tout le monde. Rappeler aux autres secteurs que non, tout le monde n'est pas capable d'être serveur. »

« Accès étendu aux formations entre les contrats, valorisation de l’expérience, discours réaliste envers les étudiants pour l’évolution de carrière et les salaires, politique d’aide au logement / mobilité ambitieuse »

Sur la valorisation des métiers :

Reconnaissance des compétences, possibilités de formations et d’évolution.

« Ce sont des métiers de service, il faut valoriser le côté humain de ces professions »

« Valoriser les métiers et arrêter de chercher le mouton à 5 pattes qui n’existe pas ! Quand on regarde les annonces, de la recherche d’un commis ou d’un directeur, on a quasi la même annonce ! »

« La valorisation du métier, en embauchant des personnes compétentes, qui ont étudié pour cela et qui connaissent le métier et non pas le premier venu qui souhaite un job. »

« La professionnalisation du salarié c'est une condition nécessaire. »

« Mettre en avant ce que les autres perçoivent comme des « sous-métier » : plongeur/femme de chambre / voiturier / bagagiste / runner et bien évidemment les salaires, la reconnaissance de la pénibilité du métier »

Sur le recrutement :

« Changer les process de recrutement et de formation en misant moins sur l’expérience et davantage sur les profils et compétences personnelles des candidats. Le secteur de l’hôtellerie-restauration (notamment haut de gamme) apparaît de plus en plus comme un secteur fermé et perd des talents (candidats et salariés) du fait de process de recrutement, de formation et de gestion RH vieillissants. »

« Rien de surprenant. Cela fait plus de 30 ans que je travaille dans ce secteur et j'ai vu les salaires diminuer, l'embauche de plus en plus de personnel non qualifié et surtout la dévalorisation de notre travail dans son ensemble. Il faut redonner de l'éclat a cette profession et surtout la payer à sa juste valeur. »

Sur les conditions de travail :

Travailler sur le bien-être. Offrir des meilleures conditions de travail notamment sur les horaires : « moins de coupure, plannings en roulement »

« Formation au management pour les chefs de service, ergonomie et bien-être au travail à développer »

« Structures moins hiérarchiques (l'époque du chef tyran doit s'arrêter là), évolution des formations qui sont encore trop archaïques (Restauration à l'ancienne, pas de sensibilisation aux violences verbales et physiques) »

« Bon matériel, hiérarchie à l'écoute, horaires certes intenses mais dans la limite du raisonnable »

« Bien -être au travail : posture, team building… »

« Un changement de mentalité de la part de propriétaire quasi tout puissant et l'application strict du code du travail ! La passion est une chose, en profiter pour exploiter les passionnés du secteur en est une autre ! »

Sur les salaires :

Augmenter les salaires y compris « remettre les pourboires à la mode », « mettre en place une politique de service charge (pourboire) », « payer les heures supplémentaires », « verser des primes », « mettre en place d'un véritable intéressement sur les résultats »

« Le salaire. Je parle au nom des palaces puisque j’y travaille depuis quelques années et il faut savoir qu’auparavant les salaires étaient bas parce que les pourboires étaient énormes (jusqu’à 3 fois votre salaire). Aujourd’hui nous n’avons aucun pourboire et les mêmes salaires. »

« Pour les mêmes exigences et qualifications, dans un autre secteur, j’aurai le triple de mon salaire actuel dans l’hôtellerie palace. »

« Assister les hôtels et restaurants indépendants dans la formation de leurs responsables »

« Payer chaque heure supplémentaire, avoir un week-end off par mois, horaires en continu alternant soir ou matin, primes sur le salaire en fonction d’atteinte de certains objectifs »

« Être responsable de service mais n'être rémunéré qu'à 12e brut de l'heure... cela est bien trop ridicule. Il faudrait une revalorisation salariale qui permettra une revalorisation du secteur. Nous ne sommes pas ingénieurs certes, mais nous avons des métiers qui empiètent sur nos vies personnelles (…) 40h + week-end + soirées = 1300e net actuellement. Comment vivre avec si peu tout en travaillant autant ? »

« Les grilles de salaires doivent être revues également. On ne peut pas vivre à Paris avec 2100€ bruts par mois. Ce n’est pas possible. »

« Valoriser les salaires est la première chose à faire. Personne ne veut travailler 45h par semaine pour gagner 1300€ en travaillant tous mes week end jours fériés, aucune vacances l’été ni pendant les vacances scolaires… »

« Que les hôtels proposent d'avantage de petits plus pour nous motiver (CE, primes etc ), meilleurs salaires et que les RH répondent aux candidatures... »

« La difficulté est le logement et le rapport entre les salaires et les loyers qui ne sont que rarement en corrélation. »

Notre conseil aux recruteurs : communiquez !

Vous avez déjà mis des choses en place sur ces sujets essentiels : faites-le savoir sans attendre !

Mettez en avant vos atouts sur les offres. Ne dites pas juste que vous recherchez un chef de rang mais dites pourquoi tel profil sera bien chez vous, montrez que vous connaissez le sujet et comment vous avez intégré chez vous ces changements attendus.

Vous êtes client du journal ? Excellent ! vous avez donc de nombreux outils pour mettre en avant cette fameuse marque employeur. Utilisez les.

Ce serait tellement dommage que ces candidats passionnés par leur métier ne se retrouvent pas dans le descriptif de vos offres.

Cinquième partie : quel rôle peut jouer le Journal des Palaces ?

Qu’est-ce que le Journal des Palaces peut faire pour vous maintenant et dans les mois à venir ?

Nous avons eu beaucoup d’encouragements à continuer et cela nous fait chaud au cœur dans les circonstances difficiles actuelles de voir que notre mission était utile :

« Continuer ce que vous faites déjà très bien, continuer à mettre du lien et de la connaissance. »
« Honnêtement le Journal des Palaces est mon site préféré en terme de recherche d'emploi en hôtellerie. Vos services sont déjà très bien mais vous devriez faire plus de questionnaires de ce genre... c'est vraiment intéressant de nous donner la parole. Pour le reste, tout est déjà très bien. »
« Continuez à promouvoir les nouvelles offres d’emploi comme vous le faites très bien d’ores et déjà ! »
« Continuer à exister » « Ce que vous faites est déjà TOP ! »

Et nous sommes aussi attendus pour participer au changement :

« Faire des posts qui permettent de faire changer les choses, il faut créer un déclic dans la tête des gens. Les métiers de l'hôtellerie restauration sont incroyables, ils font vivre des tas de passionnés, mais malheureusement parfois la passion ne suffit plus. »
« Faire bouger les choses... » « Participer à la relance en tirant le métier vers le haut » « Mise en avant des établissements qui mettent des choses en œuvre pour le personnel »
« Partages bonnes pratiques des entreprises, valorisation de l'humain » « Valoriser la voix des employés »
« Faire changer les mentalités ? »

Des demandes ont été faites alors que les solutions sont déjà là sur le site :

Avoir une réponse à sa candidature
« Mettre en place un système de réponse lors d’une candidature »
« Obliger les employeurs à répondre aux candidatures »
« Plus de suivi et de retour sur les candidatures. »
« Une réponse, même automatique de la part d’une entreprise, si les candidats de correspondent pas à leurs attentent pour un poste serait apprécié. Surtout en cette période où les gens postulent avec beaucoup d’espoir. Ne rien recevoir, c’est pire qu’un refus! »

Tous les recruteurs ont la possibilité d’enregistrer des modèles de réponses négatives ou positives et peuvent facilement les utiliser. Peut-être que le suivi du recrutement se passe en dehors de leur espace recruteur du journal et qu’ils n’ont pas le temps de revenir ensuite sur leur espace pour répondre aux candidats. Nous sommes bien sûr à l’écoute des recruteurs pour améliorer tout ce qui peut l’être.

Pouvoir donner son avis sur une entreprise
« Vérification des entreprises, possibilités pour les employés de noter et donner leurs avis sur les d'entreprises afin que certaines s'améliorent pour les salariés »
C’est déjà possible : recruteurs et candidats peuvent donner leurs avis et lorsqu’un problème revient plusieurs fois, nous agissons.

Conclusion

Avec cette enquête, nous touchons à l’humain, c’est passionnant et fort parce que nous écoutons l’histoire de chacune des personnes qui a répondu.

Nous lisons des retours d’expériences qui racontent à quel point notre secteur de l’hôtellerie de luxe est chanceux d’avoir des passionnés prêts à venir chaque jour pour exercer des métiers difficiles, qui demandent de donner autant physiquement que psychologiquement. Des métiers qui sont aussi gratifiants et peuvent être valorisants.

J’espère vivement que leur parole sera entendue, que ce soit au niveau d’hôtels, ou au niveau national, que nous puissions être, ensemble, les acteurs du changement souhaité.

Je ne voudrais qu’une chose : que nous passions des paroles, et des écrits, aux actes, au nom de la passion que nous portons à ce secteur qui nous donne tant en retour.

Sylvie Leroy
CEO et fondateur du Journal des Palaces
8 août 2021

A propos de l'auteur

Sylvie Leroy, éditeur enthousiaste depuis 1999
Sa passion pour l'hôtellerie de luxe, « une partition jouée à la perfection par un fantastique orchestre », conduit Sylvie Leroy à créer en 2004 le Journal des Palaces, quotidien en ligne dédié aux acteurs du secteur, avec des actualités, des offres d'emploi et des ressources utiles.


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