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INTERVIEW - JACQUES CARLES : « AUJOURD'HUI, LE LUXE RECUEILLE ET ENTRETIENT DES SIÈCLES DE SAVOIR-FAIRE À TRAVERS LES MÉTIERS LES PLUS RAFFINÉS » (France)

Président du Centre du luxe et de la création, Jacques Carles évoque, pour le Journal des Palaces, le 19e Sommet du luxe et de la création, qui se tiendra à Paris le 12 mai prochain

INTERVIEW - JACQUES CARLES : « AUJOURD'HUI, LE LUXE RECUEILLE ET ENTRETIENT DES SIÈCLES DE SAVOIR-FAIRE À TRAVERS LES MÉTIERS LES PLUS RAFFINÉS » (France)

Président du Centre du luxe et de la création, Jacques Carles évoque, pour le Journal des Palaces, le 19e Sommet du luxe et de la création, qui se tiendra à Paris le 12 mai prochain

Catégorie : Europe - France - Économie du secteur - Interviews - Tendances, avis d'expert - Interviews
Interview réalisé par Guillaume Chollier le 29-04-2022


Jacques Carles président fondateur Centre du luxe et de la creation

Jacques Carles, président et fondateur du Centre du luxe et de la création
Crédit photo © Centre du luxe et de la création

Le Centre du luxe et de la création est le think tank et do tank de référence des métiers du luxe et de la création. Son objectif est de décrypter et construire les voies d’avenir du luxe à travers ses dimensions créatives, sociologiques et économiques.

Depuis 2001, se tient le Sommet du luxe et de la création, dont la vocation est de décloisonner les métiers du luxe, pour remettre la création et l’invention au cœur du dispositif. Ce lieu d’expression inspirant idées, projets ou tendances qui illuminent la planète luxe, attire chaque année les acteurs influents de ce secteur fascinant.

Après deux ans d’absence en raison de la crise sanitaire, le Sommet du luxe et de la création fait son retour et réunira, jeudi 12 mai, les acteurs les plus influents du secteur : créateurs, présidents, directeurs généraux, marketing ou financiers, stratèges, influenceurs et sociologues.

Depuis ses débuts, ce ne sont pas moins de 33.000 abonnés, 6.300 participants, 600 intervenants et 20 nationalités qui ont assisté à cet événement et suivi ses évolutions successives.

Cette année, la thématique du salon sera Luxe en transition : dynamiques, influences, talents. Des acteurs du luxe, dont certains anciens Talents du luxe, de la mode, de la joaillerie ou du design, témoigneront et partageront leur réflexion et leurs projets. Parmi eux, Émilie Metgen présidente de Christofle, Hugues Souparis, président de Pequignet ou encore Nina Metayer, chef pâtissière.

À quelques jours de l’ouverture de ce sommet, qui se tiendra à l’hôtel Intercontinental Paris le Grand, Jacques Carles, président et fondateur du Centre du luxe et de la création, dévoile au Journal des Palaces les contours de ce rendez-vous incontournable de l’univers du luxe.

Journal des Palaces : Après deux ans d’interruption liés à la crise sanitaire, le sommet du luxe et de la création reprend ses droits. Quel sont vos sentiments quant à ce retour ?
Jacques Carles : Le dernier Sommet du luxe et de la création avait, quelques jours avant le confinement de mars 2020, initié une réflexion sur les nombreuses disruptions créatrices au sein de l’industrie du luxe : retail augmenté, nouvelles attentes des consommateurs, matériaux innovants, datas et IA, influenceurs, nouveaux process de fabrication, relocalisation…

La pandémie du Covid a donné un coup d’accélérateur à ces (r)évolutions technologiques, comportementales et managériales. Comme l’indiquera Alain Moatti, architecte et cofondateur de l’agence Moatti-Rivière, si la pandémie nous a fait gagner 10 ans en termes d’organisation du travail, la guerre actuelle en Ukraine avec ses conséquences sur l’augmentation des coûts de l’énergie et des matières premières, pourrait bien accélérer les nécessaires transitions en termes de comportement et d’usage de l’énergie et des matières premières.

Quel virage a pris l’univers du luxe en général ces dernières années ?
Depuis quelques années déjà, l’industrie du luxe et les créateurs avaient intériorisé le fait que le luxe se devait d’être exemplaire. Entre les attentes des consommateurs, la RSE ou les contraintes économiques, on peut dire que l’exemplarité sera désormais aux côtés de l’excellence, une des valeurs cardinales du luxe.

À qui s’adresse ce sommet ?
Le Sommet du luxe s’adresse aux acteurs du luxe, du créateur au manager, mais aussi à tous les professionnels spécialisés en retail, communication, marketing, et désormais les experts en intelligence artificielle, réalité virtuelle… qui travaillent pour cette belle filière du luxe.

Des professionnels d’entreprises dans l’automobile, l’immobilier ou les services qui n’appartiennent pas directement au secteur du luxe mais qui développent des collaborations avec des créateurs pour des produits haut de gamme, viennent également participer à nos sommets car ils y trouvent des idées qui alimentent leurs propres réflexions, voire des contacts utiles pour leurs projets. Cette année, 250 personnes, qui se sont inscrites sur le site https://centreduluxe.com/boutique-du-centre-du-luxe-et-de-la-creation/, assisteront à l'événement.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur les thèmes abordés au cours de ce sommet, ainsi que sur les divers intervenants qui y contribueront ?
Les témoignages et les analyses viseront à évaluer les transitions en cours et en perspective de la création, l’entrepreneuriat, la production jusqu’à la distribution.

À cette occasion, seront identifiées des dynamiques, celles liées à la durabilité et à la décarbonation, des influences contrastées entre les savoir-faire traditionnels et la réalité virtuelle ou le metavers, et, dans tous les cas, des talents qui sont bien souvent issus de la recherche et de l’innovation.

Trois constats majeurs ressortent.

Lesquels ?
1. Il y a une exigence d’exemplarité qui est pleinement intériorisée par les acteurs du luxe, de la création à la distribution. Exemplarité environnementale, d’abord : de nombreux témoignages iront dans ce sens le 12 mai prochain. Mais exemplarité sociale également. Prenons l’exemple de l’entreprise Cristel. Dès le départ les dirigeants de Cristel ont fait le choix de ne pas avoir de boutique en propre mais de travailler avec un réseau de revendeurs (aujourd’hui au nombre de 800 en France et 400 à l’étranger), en complément de leur boutique en ligne. Le pari est osé, car les marques de luxe se doivent habituellement d’avoir leurs enseignes. Mais ce choix d’un modèle collaboratif avec un réseau de détaillants s’est révélé gagnant. Malgré le covid, le CA a été multiplié par 2 depuis 2020 grâce aux ventes en ligne. Considérant l’importance des revendeurs pour l’entreprise, les dirigeants de Cristel ont décidé de reverser pendant la pandémie du Covid et la fermeture des boutiques, une partie du profit généré par les ventes en ligne au revendeur le plus proche du client en ligne. Un bel exemple d’exemplarité sociale !

2. L’innovation est au cœur des succès du luxe de demain. Prenons l’exemple de la start-up française Daumet, qui a notamment mis au point l’or le plus blanc au monde, évitant l’usage de couches de métaux rares, tels que le palladium ou le rhodium. Les technologies développées apportent des solutions aux maisons de luxe pour répondre aux objectifs de la RSE et de l’éthique des matières premières. « La ressource diminue, les attentes environnementales et sociétales se font croissantes : il faut être capable de produire différemment en innovant ! », s’est justifié Cyrile Deranlot, président de Daumet.

3. Enfin, le fil d’Ariane de nombreux managers est la transmission des métiers d’art et des savoir-faire dans un monde profondément bouleversé par les technologies d’intelligence artificielle, de réalité virtuelle et de metavers, sans oublier les NFT. Cette nouvelle donne repousse les frontières de l’économie du luxe. Et pour autant, avec le lancement il y a quelques jours du NFT de son MOOD iconique, Emilie Metge, présidente de Christofle, maison créée en 1830, illustrera bien cet équilibre audacieux entre la tradition et la modernité.

Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Nous sommes convaincus au sein du Centre du luxe et de la création que cette exigence d’exemplarité, cette capacité d’innovation et les actions entreprises par des maisons telles que Chanel pour préserver les métiers d’art et les savoir-faire d’excellence, sont une chance pour le luxe français et la production sur notre territoire.

Croiser les regards d’acteurs des différents secteurs du luxe, tels que la mode, la joaillerie et l’horlogerie, l’art de vivre, le design, la gastronomie ou l’architecture, avec les experts en retail et technologies digitales permet de dégager des tendances, avec la mise en évidence de divergences ou de convergences entre les secteurs.

C’est pourquoi nous réunirons le 12 mai prochain des profils variés et complémentaires, sans oublier la responsable du Département Luxe de Meta en France, Violaine Gressier, car nous nous posons tous de nombreuses questions sur ce que ce nouvel univers pourra apporter aux maisons de luxe.

Le luxe s’est-il démocratisé ou s’adresse-t-il encore davantage à un cercle restreint ?
Rappelons-nous de Gabrielle Chanel qui disait « Le luxe ce n’est pas le contraire de la pauvreté, mais celui de la vulgarité ». L’industrialisation du secteur du luxe l’a rendu plus accessible. Puis la mondialisation et la digitalisation ont permis à un nombre encore plus grand de consommateurs d’avoir accès aux produits de luxe. Le développement des classes moyennes dans le monde depuis le milieu du XXe siècle a également participé à élargir le cercle de consommateurs de luxe dans le monde, notamment en Asie.

Je pense que la prise de conscience de l’exemplarité environnementale et sociale de notre consommation va poursuivre ce mouvement de démocratisation selon une dynamique contrastée.

D’une part, un nombre plus grand de consommateurs va prendre conscience de la valeur ajoutée d’un produit de luxe pour la planète et pour nos sociétés. Peut-être faudra-t-il aider les consommateurs à comprendre ce que représentent en termes de coûts pour la planète un jean à 120 € comparé à un jean à 20 €. Julien Tuffery, président des Ateliers Tuffery, inventeur du Denim à la fin du XIXe siècle, viendra nous l’expliquer.

Et dans le même temps, la consommation même de luxe pourrait bien être repensée à la lumière de l’explosion des coûts des matières premières, de l’énergie, du transport de fret. Devrons-nous apprendre à redevenir économe ?

Le luxe diffère-t-il d’un pays à un autre ? D’un secteur d’activité à un autre ?
Les mouvements de mondialisation et de digitalisation évoqués précédemment, ont eu pour résultat une certaine unification des modes de consommation dans le monde au cours des dernières années.

Phénomène plus récent, on observe une promotion et un attrait pour les marques locales un peu partout dans le monde. D’où vient ce phénomène ? La pandémie du Covid, avec l’arrêt du tourisme ? Des choix en faveur du soutien aux créateurs locaux, comme en Chine ? Ou un attrait marqué des consommateurs pour la consommation locale, conséquence directe de la prise de conscience de l’impact environnemental de nos achats importés ? Toutes ces raisons expliquent en partie cette nouvelle dynamique en faveur du Made in local.

À cet égard, deux études exclusives seront présentées lors du Sommet du 12 mai prochain sur les consommateurs de luxe dans le golfe Persique (Arabie Saoudite, Oman, Koweït, Bahreïn, Emirats arabes unis et Qatar) par Jasmina Banda, chief strategy officer du groupe Chalhoub, premier retailer de luxe au Moyen-Orient et en Chine, ainsi que par Jonathan Siboni, président de Luxurynsights.

Le luxe est-il selon vous un état d’esprit ou plutôt une norme ?
Le luxe est un état d’esprit et un idéal vers lesquels tendent les artisans et les maisons qui travaillent pour la filière du luxe.

De nombreux créateurs, à l’instar de Chafik Gasmi, Fondateur et directeur de la création, Chafik Studio et Chafik G. Architecte, considèrent que la période actuelle leur donne la capacité de réinventer le monde par le haut, de faire renaître des savoir-faire oubliés en un temps extrêmement court. Les métamorphoses actuelles de la production sont le résultat de convergences et de passerelles inédites entre les objets, les usages et les technologies.

Chafik Gasmi considère qu’ « une marque de luxe devrait se penser comme un hôtel ouvert 24 heures sur 24, et 365 jours sur 365 offrant une expérience globale en constant renouvellement ».

C’est pourquoi, les marques sortent désormais de leur domaine d’expertise historique car le consommateur a envie de partager plus qu’un produit de luxe : des valeurs, des expériences ou des engagements.

Le luxe est-il par essence novateur ou s’adapte-t-il au contraire aux évolutions et aux tendances ?
Novateur bien sûr ! L’histoire du luxe regorge de créateurs et de maisons qui ont bouleversé les codes, les comportements et qui ont fait évoluer nos sociétés. En même temps, le luxe s’adapte aux évolutions et aux tendances. On le voit très bien avec les attentes des nouvelles générations qui se traduisent notamment par une révolution du retail du luxe.

Geoffroy Bunetel, directeur de cabinet du président du groupe Chalhoub, premier retailer de luxe au Moyen-Orient et président de la Chambre de Commerce française aux Émirats Arabes Unis, illustrera ce double mouvement. Comment le Groupe Chalhoub s’est-il transformé sous l’influence de l’évolution des consommateurs et de l’émergence du digital ? Et dans le même temps, parce que ce groupe est historiquement attaché aux maisons de luxe et aux créateurs, il a mis en place un incubateur et un accélérateur, The Greenhouse, qui a pour objectif de soutenir une création novatrice. Les deux se conjuguent très bien.

Comment définiriez-vous le luxe aujourd’hui ?
Aujourd’hui, le Luxe recueille et entretient des siècles de savoir-faire à travers les métiers les plus raffinés, comme un conservatoire de l’excellence et une exposition à ciel ouvert de la beauté dans ses différentes déclinaisons.

Mais le luxe, c’est aussi le grand promoteur de l’innovation et des expériences disruptives car il met en scène en permanence la création et la liberté d’être.

C’est pour cela qu’il traduit d’un bout à l’autre de la planète les mouvements sociétaux à travers les traditions et les projections les plus novatrices en s’efforçant toujours d’être exemplaire.

Ainsi, le Luxe incarne un environnement culturel commun, un soft power qui séduit et répond aux désirs les plus profonds des différentes générations qui se partagent l’humanité.

A propos de l'auteur

Journaliste depuis 20 ans, Guillaume est un inconditionnel des lieux exclusifs où se mêlent confort, qualité de service et gastronomie. Le tout, teinté d’une simplicité et de sourire qui sont l’apanage du luxe ultime.


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