Le Journal des Palaces

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INTERVIEW – PATRICK NADEAU, FONDATEUR, STUDIO PATRICK NADEAU : « LES ENJEUX DU DÉVELOPPEMENT DURABLE SONT AUSSI DES ENJEUX ESTHÉTIQUES ET SENSIBLES » (France)

Artiste souvent récompensé, Patrick Nadeau a fait du design végétal sa signature dans un secteur hôtelier de plus en plus conscient des enjeux d’écoresponsabilité

INTERVIEW – PATRICK NADEAU, FONDATEUR, STUDIO PATRICK NADEAU : « LES ENJEUX DU DÉVELOPPEMENT DURABLE SONT AUSSI DES ENJEUX ESTHÉTIQUES ET SENSIBLES » (France)

Artiste souvent récompensé, Patrick Nadeau a fait du design végétal sa signature dans un secteur hôtelier de plus en plus conscient des enjeux d’écoresponsabilité

Catégorie : Europe - France - Interviews et portraits - Produits et Fournisseurs - Fournisseurs - Interviews
Interview réalisé par Christopher Buet le 26-10-2023


Le luxe est souvent une affaire d’expérience. Une expérience suscitée par un environnement, un détail, une attitude. Le 1 Hotel Mayfair à Londres ne déroge pas à la règle. Ce détail n’en est pas vraiment un, ou alors un gros dont les murs extérieurs, sur lesquels les briques voisinent des ornementations végétales, constituent un indice. Une fois passé le seuil de la porte, les clients de l’hôtel n’auront d’autre réflexe que de lever les yeux pour admirer l’imposant lustre de l’entrée. Oubliez les cristaux, l’établissement britannique a fait un choix plus audacieux et s’est offert un lustre vivant nommé Living Chandelier Rainforest. Une coupole végétale, telle un astre aux nuances vertes et grises composé de 50.000 brins de tullandsia usnéoides éclairés de fibres optiques, défiant gravité et imagination.

Ce choix s’est imposé comme une évidence pour ce groupe hôtelier qui développe une identité forte autour des notions de luxe, d’écologie et de développement durable. Pour son premier hôtel en Europe (il en gère cinq aux États-Unis et en Asie, ndlr.), il a confié ce projet fou à Patrick Nadeau. Un designer au style unique, qui a choisi d’explorer une nouvelle voie dans son rapport à l’architecture d’intérieur pour sa première collaboration avec un hôtel.

Avec sa sensibilité et son sens du spectaculaire, le Français s’est fait une spécialité dans le « design végétal », à la recherche d’une harmonie entre la nature et un projet, à travers le mariage de la botanique avec le design et les sciences humaines. Entre deux réalisations, l’artiste aux multiples prix a laissé germer son rapport organique à l’architecture d’intérieur et évoqué, auprès du Journal des Palaces, les bourgeons de la conscience environnementale de l’industrie hôtelière à travers son intérêt pour des espaces plus végétalisés et responsables.

Quelle est la genèse du Studio Patrick Nadeau ? Comment vous est venu l’idée de développer votre approche du design végétal ? Quelle en est la philosophie, la raison d’être ?

Je me suis intéressé sérieusement au végétal dans les années 2000 après une résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto (équivalent de la Villa Médicis, à Rome, ndlr.). J’avais fait des études d’architecture et de design, mais ce séjour a réveillé chez moi un goût particulier pour les plantes. Sûrement une résurgence de mes origines rurales.

J’étais avant tout séduit par leur beauté, leurs incroyables qualités plastiques et sensibles. Et je souhaitais utiliser ce potentiel esthétique en architecture d’intérieur (couleurs, textures, jeux avec la lumière, parfums, fraîcheur…). Depuis, les problématiques environnementales ont éclaté et le studio les aborde en gardant le cap. Nous avons la conviction que les enjeux du développement durable sont aussi des enjeux esthétiques et sensibles, devant favoriser l’apparition de formes, d’espaces ou d’atmosphères nouvelles et plus humaines.

Concrètement, nous travaillons sur des projets architecture d’intérieur, de design, de scénographie et d’installations artistiques toujours centrées autour d’une inspiration végétale, avec des plantes vivantes ou des formes et des matières naturelles.

Le studio est structuré autour d’une petite équipe très complémentaire : Marie-Marie Dutour, designer et plasticienne, Mathieu Jacobs, ingénieur végétal, et moi-même. Nous avons développé avec le temps un écosystème de spécialistes - botanistes, pépiniéristes, techniciens horticoles, fabricants - aptes à répondre aux attentes des clients.

En quoi la nature telle que vous la montrez et vous en servez se conjugue parfaitement avec l’idée du luxe ? Comment concevez-vous le luxe ?

Le luxe, pour moi, c’est d’abord la liberté et le plaisir de se cultiver, le raffinement des sens et de l’esprit, la virtuosité des savoir-faire et la joie des rencontres dans un milieu vivant avec lequel on est en harmonie. Un jardin, extérieur ou intérieur, voire une simple plante, belle, bien choisie et très bien mise en scène dans l’espace, favorisent, me semble-t-il, cette vision contemporaine du luxe.

Vous avez récemment signé un lustre végétal aux dimensions hors normes pour un hôtel à Londres. Pouvez-vous nous en dire plus sur la commande reçue, notamment et la manière d’aborder ce projet ? Quels ont été les principaux défis pour une telle œuvre ?

Il s’agit du Living Chandelier Rainforest installé dans le 1Hotel Mayfair à Londres. L’hôtel étant situé en cœur de ville, les architectes d’intérieur du projet, G.A Group, ont choisi de développer le concept de nature à travers le travail d’artistes sur des matières organiques, chacun développant un point de vue singulier (les architectes ont fait appel aussi à Kate MccGwire et Steve McPherson, ndlr). Personnellement, nous avons été sollicités pour concevoir et réaliser un lustre vivant dans l’entrée de l’hôtel. Pour l’anecdote, les clients nous ont expliqué qu’il y avait une émulation entre les palaces de Mayfair pour avoir, dans leur entrée, le lustre le plus imposant visible de l’extérieur. L’objet, qui fait quatre mètres de diamètre, pose un signal fort dès le franchissement de la porte. Il donne le ton du lieu : harmonie durable, relation forte au vivant avec une pointe de surréalisme.

Concrètement, le lustre a la forme d’une coupole recouverte de plantes, des Tillandsias usnéoides, qui retombent en pluie au-dessus de l’entrée. Les Tillandsia usnéoides, sont des plantes épiphytes qui poussent sans avoir besoin de terre et qui vivent habituellement accrochées aux arbres dans les forêts tropicales d’Amérique Centrale. Elles se nourrissent exclusivement de l’humidité de l’air et de lumière. Lorsqu’elles sont arrosées, elles passent d’un gris argenté à un vert prairie en dégageant de la fraîcheur et une odeur agréable évoquant la nature après la pluie. Les petites écailles qui recouvrent leur surface réfléchissent particulièrement bien la lumière ce qui donne à Rainforest une allure de chandelier vivant.

Ce projet m’a permis d’apprécier le pragmatisme anglais. Les clients - maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage - sont d’abord venus voir une installation réalisée dans le même esprit au centre d’art de Chaumont-sur-Loire. On a ensuite réalisé un prototype pour qu’ils appréhendent l’objet dans toutes ses dimensions et toutes ses contraintes. On a ainsi pu tester l’arrosage des plantes et l’éclairage du lustre - puissance, température et couleur de la lumière - pour que les plantes aient suffisamment de lumière pour se nourrir sans perturber l’atmosphère lumineuse de l’hôtel. Une fois le prototype validé, tout a été mis en œuvre pour une parfaite exécution.

Est-ce l’œuvre, la plus ambitieuse et importante qu’on vous ait commandée ? Si non, quelle est-elle ?

En tant qu’architecte, j’ai réalisé des projets plus importants en termes de dimensions et de coût. En tant qu’artiste, aussi. J’ai fait des installations dans des lieux plus grands consacrés à l’art. Mais le chandelier du 1 Hotel Mayfair est un projet exceptionnel pour le studio, car il est pérenne, vivant et installé dans un lieu d’activité intense. Ça a été un vrai challenge à réaliser et je dois saluer l’audace et la confiance du client !

Comment s’entretiennent vos créations végétales ? Offrez-vous ce service à vos clients hôteliers ? Sinon, conseillez-vous les équipes du housekeeping ?

Le chandelier du 1 Hotel est vivant. Comme un jardin, il nécessite régulièrement les soins et l’attention d’un professionnel du végétal. Globalement, je ne procède jamais à la mise en place d’un tel projet sans avoir choisi et discuté avec le client de l’entreprise qui sera en charge de l’entretien. Des mises au point régulières entre cette entreprise et le service de maintenance de l’hôtel sont également indispensables.

La dimension durable et écoresponsable a pris de l’ampleur dans les considérations des hôteliers. Comment avez-vous vu évoluer leur regard et leur intérêt pour votre travail ?

J’ai été le témoin, comme tous les professionnels de l’environnement, d’une énorme évolution des entreprises et des institutions face au développement durable. Le domaine de l’hôtellerie fait énormément d’efforts pour s’inscrire dans la démarche de Responsabilité Sociale et Environnementale. Les contraintes inhérentes à ce secteur d’activité sont particulièrement fortes : disponibilité du personnel, aménagement de l’espace, matériaux de construction et de décoration, énergie, produits alimentaires, déchets, transport des clients… C’est pourquoi, me semble-t-il, il faut saluer la stratégie des 1 Hotels alliant luxe et écologie.

Quant au végétal, les opérateurs hôteliers, comme les opérateurs immobiliers, en sont de plus en plus friands. Une réflexion reste pourtant, me semble-t-il, à mener sur la place et le statut des plantes dans ce type de lieu. Certains intervenants les voient avant tout sous un angle hygiéniste considérant d’abord leur capacité d’assainissement de l’air. D’autres, comme des objets de décoration. Personnellement, je trouve intéressant que le végétal soit réellement intégré à l’architecture intérieure et qu’il porte une voix significative dans le récit et l’imaginaire du lieu. C’est pourquoi je plaide pour que sa place soit prise en compte dès le début des projets.

Avec quels hôtels travaillez-vous et quelles sont leurs exigences ?

Honnêtement, le 1Hotel Mayfair est ma première expérience significative en hôtellerie.

Quel est votre rêve de créateur ? Quelle œuvre rêveriez-vous de réaliser ? Pour et avec qui aimeriez-vous absolument travailler ?

Je poursuivrais volontiers cette première expérience dans l’hôtellerie haut-de-gamme. C’est un secteur qui est, à mon sens, à la fois très ouvert à l’innovation et à l’imagination et très soucieux d’ancrages locaux et de genius loci. L’histoire des palaces est d’ailleurs tout à fait passionnante. Elle est en phase avec les évolutions sociétales des derniers siècles - sociales, techniques, artistiques - et entremêlée à celles, plus intimes, des plus beaux esprits qui les ont traversés.

A propos de l'auteur

Journaliste aux multiples atouts et voyageur curieux, Christopher a une grande appétence pour les établissements au raffinement soigné, où s’accordent gastronomie de caractère, service impeccable et élégance sincère. Une plume discrète et gourmande au service d’une certaine idée du luxe.

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